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Porté par le collectif Universitaires avec Gaza (UAG) ce texte est ouvert à la signature de toutes celles et tous ceux qui, au sein de l’enseignement supérieur et de la recherche, refusent la censure des savoirs palestiniens et de la parole palestinienne, l’instrumentalisation des libertés académiques et entendent prendre position aux côtés des collègues palestinien·nes concerné·es.
Nous, membres du collectif Universitaires avec Gaza (UAG), avons été invité·es à participer à la Semaine de l’hospitalité et des libertés académiques organisée au Campus Condorcet, le lundi 23 juin 2026 afin de présenter notre rapport « Survivre au génocide à Gaza, venir en France : l’entrave des parcours des étudiant·es et des chercheur·es palestinien·nes » et notre travail sur les mobilisations universitaires face à la destruction de Gaza et l’accueil – entravé – des chercheur·es et étudiant·es en France.
C'est donc avec stupeur que nous avons appris que l’atelier consacré à la Palestine avait été censuré ou, à tout le moins, qu’il avait été soumis à des conditions par le Campus Condorcet alors même que l’ensemble du reste du programme semble avoir reçu son aval. Nous avons découvert que les organisateurices avaient demandé aux intervenant·es de renoncer au terme « génocide » dans l’intitulé de leur table ronde et de le remplacer par le terme « violence », ou d’accepter d'être relégué·es hors du programme officiel de l’événement.
Nous sommes choqué·es par cette décision et nous la contestons. Un tel contrôle de production de savoir ne peut pas avoir lieu dans une manifestation consacrée précisément aux libertés académiques. Nous sommes choqué·es que des chercheurs palestiniens en exil, invités à partager les résultats d'un projet de recherche-action soutenu par l'Institut Convergence Migrations (ICM), soient contraints de négocier les mots qu'ils utilisent pour décrire la réalité qu'ils étudient et qu'ils vivent. Et cela d’autant plus que l’emploi du terme génocide ne saurait faire débat pour qualifier la situation que subissent les Palestinien·nes de Gaza. En ce sens, la Cour internationale de Justice a rappelé le risque de génocide dès janvier 2024, les Palestinien·nes l’ont largement documenté. Les ONG et les experts onusiens sont aussi unanimes et une large partie de la recherche qualifie la situation à Gaza de génocide.
Nous exprimons notre entière solidarité avec notre collègue Omar Alsoumi ainsi qu’avec l’ensemble des chercheur·es palestinien·nes concerné·es par cette décision. Nous refusons que des universitaires palestinien·nes soient placé·es devant l’alternative humiliante consistant à censurer leur propre travail ou à être exclu·es de l'espace académique légitime.
Cette affaire ne concerne pas seulement l’organisation d’une table ronde. Elle constitue une nouvelle manifestation de l’injustice épistémique qui frappe les savoirs palestiniens dans les universités françaises et européennes !
Une fois encore, des chercheur·es palestinien·nes se voient contester le droit de nommer leur propre réalité. Une fois encore, leurs parole et savoir épistémologique sont soumis à un régime d’exception. Une fois encore, ce qui est présenté comme une exigence de neutralité fonctionne en réalité comme un mécanisme de contrôle politique des savoirs envers l’ignorance du terrain et de la théorie. Cette situation met également en lumière la persistance de formes de colonialité au sein de l’institution universitaire française. Derrière les discours sur la diversité, l’inclusion, l’hospitalité et le pluralisme, certains savoirs demeurent plus légitimes que d'autres. Certains récits peuvent être énoncés sans difficulté ; d’autres doivent être reformulés, édulcorés ou réduits au silence pour devenir acceptables.
Comme le dit Omar Alsoumi dans son livre Enfant de Palestine, les Palestinien·nes sont toléré·es comme objets d’étude ou comme victimes, mais dès lors qu’iels produisent elleux-mêmes des analyses critiques sur leur condition, leur parole devient soudain problématique.
Nous ne pouvons que constater, une fois de plus, la faiblesse morale et politique d’une partie du monde académique. Les libertés académiques sont volontiers invoquées lorsqu’elles ne coûtent rien. Elles sont célébrées tant qu’elles demeurent abstraites, consensuelles et sans risque. Mais lorsqu’un discours critique menace de troubler des équilibres institutionnels, de provoquer des controverses ou d'entamer un capital social et réputationnel soigneusement préservé, les grands principes cèdent trop souvent la place à la prudence, au calcul et au silence. La liberté académique ne consiste pourtant pas à protéger les discours dominants qui ne dérangent personne ni le discours qui opprime. Elle consiste précisément à garantir la possibilité d'exprimer des analyses critiques lorsqu'elles sont contestées, controversées ou politiquement inconfortables.
Nous refusons que l'université devienne un espace où la Palestine ne peut être évoquée qu'à condition d'être dépouillée des mots choisis par celles et ceux qui la vivent, la pensent et l'étudient. Nous refusons que les institutions académiques célèbrent les libertés académiques tout en imposant des limites politiques à l'expression des savoirs palestiniens. Nous avons toujours refusé cette dynamique et nous la refusons encore plus fortement en face d’un génocide en cours reconnu comme tel par les institutions internationales.
Face à cette nouvelle tentative de marginalisation de la parole et des savoirs palestiniens, nous réaffirmons notre solidarité avec nos collègues palestinien·nes, avec les chercheur·es en exil et avec toutes celles et ceux qui défendent une université véritablement libre, décoloniale et fidèle à sa mission critique. Nous refusons que la Palestine soit, une fois encore, placée hors du champ ordinaire des libertés académiques. Nous refusons qu’au nom d’une prétendue neutralité, les mots des chercheur·es palestinien·nes soient contrôlés, édulcorés ou rendus inaudibles. La crédibilité des libertés académiques se mesure à la manière dont elles protègent les savoirs qui dérangent. Aujourd’hui, au Campus Condorcet, c’est précisément cette crédibilité qui est mise en cause.